Vous êtes sûrement loin de vous douter du magnifique bâtiment qui se trouvait à l’emplacement de la station essence de l’avenue Carnot, alors contons-vous son histoire !
Dès la fin du Moyen Age, des chaumontais s’entrainaient au maniement de l’arc et de l’arbalète afin de défendre la ville en cas d’attaque. En 1590, une nouvelle arme fit son apparition : l’arquebuse. Sorte de long fusil à poudre noire lourd et encombrant, elle détrôna progressivement l’arc et l’arbalète. Afin d’encadrer la nouvelle troupe des arquebusiers, les premiers statuts de la « Compagnie des arquebusiers » furent édictés le 30 mai 1599. Placés sous la protection de saint Antoine, ceux que l’on appelait alors les « chevaliers » devaient jurer fidélité au roi de France et s’entrainer à tirer sur « l’oiseau » (cible en forme de volatile) afin d’exercer leur adresse. Les exercices se pratiquaient alors dans les fossés au pied des remparts de la ville (emplacement des boulevards actuels) mais, accablés par la chaleur, le froid ou les détritus jetés par les habitants les chevaliers adressèrent une supplique à la ville afin d’obtenir un terrain plus commode. Une longue pièce de terre allant de l’actuelle avenue Carnot à celle des Etats-Unis en longeant la ruelle de l’Arquebuse leur fut octroyée.

En 1630 on mit en projet la construction d’un bâtiment comportant une galerie d’où l’on pouvait tirer à l’abri. Le prieur de Condes permit à la ville de prendre le bois dans ses forêts mais les travaux prirent du retard à cause de la peste de 1636 (2300 décès) et des troupes Suédoises qui ravageaient les environs. A son achèvement en 1640, ce palais comportait une galerie à 4 arcades supportées par 5 colonnes sculptées où s’exerçaient les 100 chevaliers recensés en 1647. Cette partie, surmontée d’une salle de réunion, était encadrée par deux tourelles en avant-corps et le tout était couvert d’une couverture en bardeaux de chêne. Un dessin inédit qui vient d’être retrouvé aux archives départementales en dévoile la physionomie.

La compagnie prit part aux sièges de la cité de la Mothe en 1641, de Besançon en 1668 et fut dissoute en 1791. Pour cause d’abandon, la ville mis en adjudication la démolition du bâtiment le 15 février 1852. Le sculpteur chaumontais Ragot qui réalisa le démantèlement se réserva les arcades et leurs colonnes qu’il remonta dans son jardin. Aussitôt le terrain libéré, Jules Tréfousse s’en rendit acquéreur afin d’y construire sa ganterie.
Qui pourra dire si ces arcades existent encore de nos jours ?