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Le début de l’année 1944 est marqué par l’intensification des persécutions allemandes.
Contre la Résistance tout d’abord. De nombreux patriotes chaumontais sont arrêtés et deux réseaux sont démantelés.
Le 27 janvier 1944, les juifs du département sont raflés par les Feldgendarmes allemands avant d’être déportés.
Retour sur ce tragique mois de janvier 1944.


La Résistance chaumontaise décapitée

Les débuts de la Résistance à Chaumont sont, faute de documentation, peu connus. La constitution des groupes de résistance semble intervenir pour le premier d’entre-eux à la fin de l’année 1942. Ce groupe FTP (Francs Tireurs et Partisans), appelé "Corse" se forme autour de Louis Frossard et de cheminots résistants. Le second groupe lié à l'O.C.M. (Organisation Civile et Militaire) se constitue au printemps 1943 autour de Georges Debernardi, directeur de l’usine à gaz. L’activité principale des résistants consiste dans un premier temps à venir en aide aux réfractaires S.T.O. (Service du Travail Obligatoire). A L’été 1943, les tentatives de sabotages se font plus nombreuses contre les lignes de chemin de fer, le matériel ferroviaire, les installations électriques. Les Allemands ne tardent pas à réagir et à l’automne 1943, suite à l’arrestation d’un agent de liaison, 64 résistants sont arrêtés.

Les actions reprennent peu à peu (sabotages, parachutages) mais en janvier 1944, les deux groupes chaumontais sont démantelés. En quelques jours, l’occupant arrête 20 patriotes. Louis Frossard et Lucien Febvay se suicident dans leur cellule. Le procès des autres membres du groupe a lieu le 8 mars devant le "Tribunal de la Fledkommandantur" de Chaumont. 2 des accusés sont acquittés (René Garnier et Raymond Mattera déporté en août). 4 autres sont déportés (Louis Bois, Louis Proville, Charles Wagner, Maurice Méthé). César Vanetti met fin à ses jours en prison. Les 11 autres résistants chaumontais sont condamnés à mort et fusillés le 18 mars 1944 à l’aube : Roland Garnier (20 ans), Luc Garnier (18 ans), Marcel Lallemand (30 ans), Raymond Rougeaux (25 ans), Louis Parrot (29 ans), Charles Noirot (27 ans), Georges Debernardi, (52 ans), André Jacquinod (30 ans), Roger Sollier (31 ans), Jean Tamen, René Zimberlin (32 ans). Une stèle située à proximité du Gymnase Charles De Gaulle rappelle aujourd’hui le sacrifice de ces patriotes chaumontais.



Camions allemands au Stade Voltaire (collection particulière)


Les persécutions antisémites

On dénombre à Chaumont, au début de l’année 1940, une quinzaine de familles israélites. Hormis deux familles récemment arrivées dans la Préfecture haut-marnaise, toutes les autres sont installées depuis de nombreuses années en France. Dès septembre 1940, sur les injonctions allemandes, le recensement des juifs haut-marnais commence. Environ soixante-dix personnes demeurent à Chaumont. Le 21 octobre, sur les vitrines des commerces juifs est apposée une affichette jaune "entreprise juive". Décembre 1940, des "administrateurs provisoires" sont chargés de dessaisir les entrepreneurs juifs de tout pouvoir. Objectif : "supprimer définitivement l’influence juive de l’économie française". Le 22 juillet 1941, cette mesure est étendue à la gestion des immeubles, des biens meubles et droits immobiliers.

L’été suivant, suite à l’ordonnance allemande du 29 mai 1942, le port de l’étoile jaune devient obligatoire pour tous les juifs de la zone occupée. En juillet 1942, l’accès des magasins et lieux publics est limité. Deux familles chaumontaises sont arrêtées et déportées. Trois autres décident de quitter clandestinement la ville préfecture.

Le jeudi 27 janvier 1944, 96 juifs hommes, femmes et enfants sont raflés en Haute-Marne. 19 sont chaumontais. Les arrestations sont menées en début de matinée par les Feldgendarmes. 90 personnes sont déportées dont 84 par le convoi n° 68 du 10 février à destination d’Auschwitz. Une seule échappera à la chambre à gaz.




A l'automne 1940, la Préfecture entreprend le recensement des juifs haut-marnais.
(liste présentée in Mémorial des Juifs de Haute-Marne 1941/1944, Club Mémoires 52)



Les 8 membres de la famille Baer gazés à Auschwitz

André Baer est pharmacien à Chaumont. Au début de l’année 1944, il réside avec sa femme Marcelle au 9 de la Rue Pasteur. Les Baer ont 4 filles. Eliane, la plus âgée, a 12 ans. Ses sœurs Jacqueline, Nicole et Claude ont respectivement 10, 6 et 2 ans. Les parents d’André Baer, Moïse et Alice, résident Avenue des Etats-Unis.
Le jeudi 27 janvier 1944, dans la matinée, les Felgendarmes allemands viennent les arrêter à leur domicile respectif. Les 8 membres de la famille Baer sont conduits et parqués route de Langres, dans l’ancienne caserne du 28° régiment d’artillerie (quartier Foch).
En compagnie d’autres juifs raflés dans les arrondissements de Langres et de Chaumont, les Baer sont dirigés vers St Dizier d’où ils rejoignent dans la soirée Châlons-sur-Marne. Le 29 janvier, ils sont internés au camp de Drancy, en banlieue parisiennne.
Le 10 février, toute la famille est précipitée dans les wagons à bestiaux du convoi n° 68 pour Auschwitz. L’ignoble voyage dure trois jours et trois nuits. A leur descente du train, 1229 des 1500 arrivants sont directement dirigés vers les chambres à gaz.
Parmi eux, André, Marcelle, Eliane, Jacqueline, Nicole, Claude, Moïse et Alice Baer.


Eliane Baer, le sourire aux lèvres, pose avec la classe de 6ème du Lycée de Chaumont.
26 novembre 1941.
(in Mémorial des Juifs de Haute-Marne 1941/1944, Club Mémoires 52)




A lire également
mai 1944, Chaumont sous les bombes
Souvenir d'un FFI

Chaumont sous la botte



La fanfare allemande parade
rue Victoire de la Marne.
Photographie prise par Marcel Nallier
le 16 avril 1941.




"La Feuille Libre"



"Le sieur Darlan au service de l'Allemagne"
Les premières actions de propagande contre l'occupant et le régime de Vichy apparaissent pendant l'hiver 1941.
Jean Wiszner, journaliste au Petit Haut-Marnais, crée la Feuille Libre.
Les premiers exemplaires, d'abord dupliqués, furent ensuite imprimés. Arrêté par l'occupant, Fernand Wiszner est déporté le 17 janvier 1944 à Buchenwald puis Flossenbürg. il rentre à Chaumont le 21 mai 1945.




Georges Dodin

Georges Dodin est né le 3 mars 1898 à Chaumont.
Après la première guerre mondiale, l’ancien engagé dans l’artillerie (cité à l’Ordre de la Brigade et décoré de la Croix de Guerre) entre au chemin de fer. Marié et père de 4 enfants, il est bien connu dans les milieux sportifs chaumontais (athlétisme, football). En 1928, il crée avec P. Girardot, le "C.A.C.".
Georges Dodin est également trésorier du syndicat des cheminots de Chaumont.
Le 11 février 1944, suite à une dénonciation, Georges Dodin est arrêté sur son lieu de travail. Plusieurs autres cheminots sont emmenés au siège de la Gestapo puis à la prison du Val-Barizien. Il est conduit au camp de Compiègne et déporté le 27 avril 1944 à Auschwitz en compagnie de 1695 internés (convoi des Tatoués). Il y reçoit, sur l’avant-bras, le matricule 185457. Le 12 mai 1944, 1563 rescapés sont transférés à Buchenwald (matricule 53857) puis à Flossenbürg et ses Commandos extérieurs (matricule 9595). Georges Dodin, selon ses camarades du Kommando de Janovitz, est mort à la mi-janvier 1945. Le stade de football de Chaumont situé à la Dame-Huguenotte porte aujourd’hui son nom.




Mémoire


16 octobre 1944. Inhumation des patriotes chaumontais fusillés le 18 mars (coll. MT Fallay)

Depuis quelques années, les membres du Club Mémoires 52 ont collecté, à travers le département, des documents et témoignages sur cette sombre période. Sans ce travail, cette page n'aurait pas pu voir le jour.

Vous pouvez consulter, au rayon fonds local de la médiathèque les dossiers publiés par le club :

- Mémorial des juifs de Haute-Marne 1941/1944
- Des Hauts-Marnais déportés et internés.


A lire également :

- Chaumont sous la botte, présence d'armées étrangères 1814-1944
- La Résistance en Haute-Marne