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La Résistance chaumontaise décapitée
Les débuts de la Résistance à Chaumont sont, faute de documentation, peu connus. La constitution des groupes de résistance semble intervenir pour le premier dentre-eux à la fin de lannée 1942. Ce groupe FTP (Francs Tireurs et Partisans), appelé "Corse" se forme autour de Louis Frossard et de cheminots résistants. Le second groupe lié à l'O.C.M. (Organisation Civile et Militaire) se constitue au printemps 1943 autour de Georges Debernardi, directeur de lusine à gaz. Lactivité principale des résistants consiste dans un premier temps à venir en aide aux réfractaires S.T.O. (Service du Travail Obligatoire). A Lété 1943, les tentatives de sabotages se font plus nombreuses contre les lignes de chemin de fer, le matériel ferroviaire, les installations électriques. Les Allemands ne tardent pas à réagir et à lautomne 1943, suite à larrestation dun agent de liaison, 64 résistants sont arrêtés.
Les actions reprennent peu à peu (sabotages, parachutages) mais en janvier 1944, les deux groupes chaumontais sont démantelés. En quelques jours, loccupant arrête 20 patriotes. Louis Frossard et Lucien Febvay se suicident dans leur cellule. Le procès des autres membres du groupe a lieu le 8 mars devant le "Tribunal de la Fledkommandantur" de Chaumont. 2 des accusés sont acquittés (René Garnier et Raymond Mattera déporté en août). 4 autres sont déportés (Louis Bois, Louis Proville, Charles Wagner, Maurice Méthé). César Vanetti met fin à ses jours en prison. Les 11 autres résistants chaumontais sont condamnés à mort et fusillés le 18 mars 1944 à laube : Roland Garnier (20 ans), Luc Garnier (18 ans), Marcel Lallemand (30 ans), Raymond Rougeaux (25 ans), Louis Parrot (29 ans), Charles Noirot (27 ans), Georges Debernardi, (52 ans), André Jacquinod (30 ans), Roger Sollier (31 ans), Jean Tamen, René Zimberlin (32 ans). Une stèle située à proximité du Gymnase Charles De Gaulle rappelle aujourdhui le sacrifice de ces patriotes chaumontais.

Camions allemands au Stade Voltaire (collection particulière)
Les persécutions antisémites
On dénombre à Chaumont, au début de lannée 1940, une quinzaine de familles israélites. Hormis deux familles récemment arrivées dans la Préfecture haut-marnaise, toutes les autres sont installées depuis de nombreuses années en France. Dès septembre 1940, sur les injonctions allemandes, le recensement des juifs haut-marnais commence. Environ soixante-dix personnes demeurent à Chaumont. Le 21 octobre, sur les vitrines des commerces juifs est apposée une affichette jaune "entreprise juive". Décembre 1940, des "administrateurs provisoires" sont chargés de dessaisir les entrepreneurs juifs de tout pouvoir. Objectif : "supprimer définitivement linfluence juive de léconomie française". Le 22 juillet 1941, cette mesure est étendue à la gestion des immeubles, des biens meubles et droits immobiliers.
Lété suivant, suite à lordonnance allemande du 29 mai 1942, le port de létoile jaune devient obligatoire pour tous les juifs de la zone occupée. En juillet 1942, laccès des magasins et lieux publics est limité. Deux familles chaumontaises sont arrêtées et déportées. Trois autres décident de quitter clandestinement la ville préfecture.
Le jeudi 27 janvier 1944, 96 juifs hommes, femmes et enfants sont raflés en Haute-Marne. 19 sont chaumontais. Les arrestations sont menées en début de matinée par les Feldgendarmes. 90 personnes sont déportées dont 84 par le convoi n° 68 du 10 février à destination dAuschwitz. Une seule échappera à la chambre à gaz.

A l'automne 1940, la Préfecture entreprend le recensement des juifs haut-marnais.
(liste présentée in Mémorial des Juifs de Haute-Marne 1941/1944, Club Mémoires 52)
Les 8 membres de la famille Baer gazés à Auschwitz
André Baer est pharmacien à Chaumont. Au début de lannée 1944, il réside avec sa femme Marcelle au 9 de la Rue Pasteur. Les Baer ont 4 filles. Eliane, la plus âgée, a 12 ans. Ses surs Jacqueline, Nicole et Claude ont respectivement 10, 6 et 2 ans. Les parents dAndré Baer, Moïse et Alice, résident Avenue des Etats-Unis.
Le jeudi 27 janvier 1944, dans la matinée, les Felgendarmes allemands viennent les arrêter à leur domicile respectif. Les 8 membres de la famille Baer sont conduits et parqués route de Langres, dans lancienne caserne du 28° régiment dartillerie (quartier Foch).
En compagnie dautres juifs raflés dans les arrondissements de Langres et de Chaumont, les Baer sont dirigés vers St Dizier doù ils rejoignent dans la soirée Châlons-sur-Marne. Le 29 janvier, ils sont internés au camp de Drancy, en banlieue parisiennne. Le 10 février, toute la famille est précipitée dans les wagons à bestiaux du convoi n° 68 pour Auschwitz. Lignoble voyage dure trois jours et trois nuits. A leur descente du train, 1229 des 1500 arrivants sont directement dirigés vers les chambres à gaz.
Parmi eux, André, Marcelle, Eliane, Jacqueline, Nicole, Claude, Moïse et Alice Baer.

Eliane Baer, le sourire aux lèvres, pose avec la classe de 6ème du Lycée de Chaumont.
26 novembre 1941.
(in Mémorial des Juifs de Haute-Marne 1941/1944, Club Mémoires 52)
A lire également
mai 1944, Chaumont sous les bombes
Souvenir d'un FFI
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La fanfare allemande parade
rue Victoire de la Marne.
Photographie prise par Marcel Nallier
le 16 avril 1941.

"Le sieur Darlan au service de l'Allemagne" Les premières actions de propagande contre l'occupant et le régime de Vichy apparaissent pendant l'hiver 1941.
Jean Wiszner, journaliste au Petit Haut-Marnais, crée la Feuille Libre.
Les premiers exemplaires, d'abord dupliqués, furent ensuite imprimés. Arrêté par l'occupant, Fernand Wiszner est déporté le 17 janvier 1944 à Buchenwald puis Flossenbürg. il rentre à Chaumont le 21 mai 1945.
Georges Dodin est né le 3 mars 1898 à Chaumont. Après la première guerre mondiale, lancien engagé dans lartillerie (cité à lOrdre de la Brigade et décoré de la Croix de Guerre) entre au chemin de fer. Marié et père de 4 enfants, il est bien connu dans les milieux sportifs chaumontais (athlétisme, football). En 1928, il crée avec P. Girardot, le "C.A.C.".
Georges Dodin est également trésorier du syndicat des cheminots de Chaumont. Le 11 février 1944, suite à une dénonciation, Georges Dodin est arrêté sur son lieu de travail. Plusieurs autres cheminots sont emmenés au siège de la Gestapo puis à la prison du Val-Barizien. Il est conduit au camp de Compiègne et déporté le 27 avril 1944 à Auschwitz en compagnie de 1695 internés (convoi des Tatoués). Il y reçoit, sur lavant-bras, le matricule 185457. Le 12 mai 1944, 1563 rescapés sont transférés à Buchenwald (matricule 53857) puis à Flossenbürg et ses Commandos extérieurs (matricule 9595). Georges Dodin, selon ses camarades du Kommando de Janovitz, est mort à la mi-janvier 1945. Le stade de football de Chaumont situé à la Dame-Huguenotte porte aujourdhui son nom.

16 octobre 1944. Inhumation des patriotes chaumontais fusillés le 18 mars (coll. MT Fallay)
Depuis quelques années, les membres du Club Mémoires 52 ont collecté, à travers le département, des documents et témoignages sur cette sombre période. Sans ce travail, cette page n'aurait pas pu voir le jour.
Vous pouvez consulter, au rayon fonds local de la médiathèque les dossiers publiés par le club :
- Mémorial des juifs de Haute-Marne 1941/1944
- Des Hauts-Marnais déportés et internés.
A lire également :
- Chaumont sous la botte, présence d'armées étrangères 1814-1944
- La Résistance en Haute-Marne |