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L'étau se resserre
A la fin du mois d'août 1944, l'avancée rapide des alliés oblige les troupes allemandes à évacuer successivement ses positions entre Paris et la haute vallée de la Marne. La ville de Chaumont et son important noeud de communication ferroviaire et routier demeurent un point stratégique du dispositif allemand. Pourtant au Nord et au Sud, l'étau se resserre autour de la Préfecture haut-marnaise. En prévision d'un repli imminent, les Allemands destruisent, le 31 août, une partie du viaduc. Les bicyclettes sont réquisitionnées.
La pression alliée devient plus forte encore au début du mois de septembre quand des unités américaines, venant du Nord, poussent leur reconnaissance vers le Sud (5 et 6 septembre à Bologne, Brethenay). Le 9 septembre, depuis les Côtes d'Alun, les alliés peuvent apercevoir les tours de la basilique Saint-Jean-Baptiste. L'aviation alliée harcèle quotidiennement les unités allemandes (ci-contre chenillette allemande détruite à la Croix-Coquillon par l'aviation alliée, 10 sept.).
Le 11 septembre, de sanglants combats se déroulent à Andelot, point de résistance allemand aménagé sur la route de Neufchâteau. Le 12, les alliés prennent possession du village interdisant tout repli par cet axe. 70 Allemands ont été tués et 750 faits prisonniers. A Chaumont, la garnison allemande est sur le point d'être isolée.
Depuis quelques jours déjà, aux alentours de la ville, la circulation des convois allemands est devenue bien risquée. De nombreux jeunes affluent depuis quelques semaines vers les maquis haut-marnais. Les attaques se multiplient contre l'occupant. Le 4 septembre, le dépôt de carburant de Foulain est incendié. Le 12 septembre au matin, les FFI du Maquis Jérôme font mouvement depuis Sexfontaines vers Euffigneix, Villiers-le-Sec et Jonchery. Dans l'après-midi, les FFI en reconnaissance à Jonchery doivent, devant la résistance allemande se replier sur Euffigneix.
Dans la soirée, le capitaine De Schompré, de l'Etat-Major de la 2ème Division Blindée, convainc l'abbé Gradeler, curé de Luzy, d'aller négocier, dès le lendemain matin, la reddition des troupes allemandes stationnées à Chaumont. Charge à l'homme d'église de transmettre le message suivant au commandant de la garnison : "Chaumont est encerclé de tous côtés par la division Leclerc et les FFI. Toute résistance de votre part est inutile... Reddition immédiate des armes, internement de la garnison, la vie sauve pour tous.".
"Les Allemands ont quitté Chaumont"
Le 13 septembre au matin, le curé de Luzy (en photo ci-contre) prend la direction de Chaumont. Mais dans la ville, à la Gloriette, quartier général allemand, nul officier pour recevoir l'ultimatum allié. Pendant la nuit, la garnison allemande a quitté la ville par le faubourg de la Maladière en direction de Bourbonne-les-Bains. De 7h15 à 9h, une fois les dernières troupes évacuées, les ponts qui enjambent la Marne et le canal à La Maladière et aux Quatres Moulins ont été détruits.
Le curé repart prévenir le capitaine de Schompré qui aussitôt se met en route pour Chaumont. Vers 15h, les deux jeeps de la 2ème DB sont à la Préfecture. Le colonel Dio (2ème DB) prévenu de la situation décide d'envoyer un escadron - stationné à Châteauvillain - prendre possession de la ville.

Vers 15h, les jeeps du Capitaine De Schompré arrivent à la Préfecture
Pour les FFI d'Euffigneix, la journée du 13 septembre commence bien mal. Aux premières heures du jour, les Allemands prennent position autour du village et déclenchent un feu nourri sur les maquisards qui ripostent au mortier et aux fusils-mitrailleurs. Ces derniers arrivent à faire quelques prisonniers. A 6h30 de nouveaux combats éclatent à Villiers-le-Sec. Plusieurs soldats ennemis sont tués ou blessés mais la 3ème compagnie a perdu l'un de ses hommes, le caporal René Cailleaux. A midi, les FFI entrent dans Jonchery et apprennent la nouvelle de l'évacuation de Chaumont. Ils entrent à Chaumont vers 15h sous les acclamations de la foule. Les hommes sont placés aux endroits stratégiques de la ville. Certains surveillent le pont de Chamarandes resté intact. Ils sont bientôt rejoints dans les rues de la ville par les soldats de la 2ème DB. Deux véhicules blindés atteignent la Préfecture et prennent position.
Place de l'Hôtel de Ville, le bureau du RNP (Rassemblement National Populaire) est vidé, les brochures de propagande collaborationniste sont brûlées dans la rue. Les panneaux indicateurs allemands sont mis à terre. Les collaborateurs sont pourchassés. Des femmes soupçonnées trop proches des allemands sont prises à parti. Certaines sont tondues. Dans la rue Saint-Jean, un service d'ordre les prend en charge et les emmène au donjon.

Blindé devant la Préfecture
Première journée de liberté
Jeudi 14 septembre 1944. Les FFI de Chaumont sont rejoints par la 1ère compagnie de FFI en provenance d'Arc-en-Barrois et un détachement de Saint-Dizier. De nombreux Chaumontais se sont rassemblés place de l'Hôtel-de-Ville. On apprend au même moment la libération, la veille, de Langres. Un hommage est rendu aux patriotes fusillés à La Vendue. D'émouvantes cérémonies sont improvisées au monuments aux morts et monument franco-américain, mutilé en décembre 1942.
Cette première journée est malheureusement endeuillée par la mort accidentelle du capitaine Schreiber, commandant du Maquis Jérôme. Le corps du chef des FFI est exposé dans une chapelle ardente, sous le péristyle de la Préfecture.
Combien parmi nos voisins, nos amis, nos proches sont absents pour fêter ce premier jour de liberté retrouvée. Dans les rues les sanglots se mêlent aux larmes de joie.

14 septembre 1944, les FFI défilent dans les rues de Chaumont
A lire également :
mai 1944, Chaumont sous les bombes
les persécutions de janvier 1944
Souvenirs d'un FFI
Réalisation Lionel D.
direction de la communication - Ville de Chaumont. |

Le 31 août 1944 au matin, plusieurs camions allemands arrivent au pied du viaduc. Depuis quelques jours les rumeurs de destruction de l'ouvrage circulent en ville. Les préparatiifs durent toute la journée. Trois tonnes d'explosifs sont placées au pied des trois arches surplombant l'ancienne route de Villiers-le-Sec. La destruction est prévue pour 17h30. Il est demandé aux habitants de laisser les fenêtres et les portes ouvertes. L'heure fatidique arrive mais rien ne se passe. 18h, une sourde détonation se fait entendre. Tous s'étonnent du peu de bruit produit. A 18h30, une formidable explosion secoue la ville. Les fermes situées à proximité sont gravement endommagées. Un nuage de poussière envahit la vallée de la Suize. Quelques jours plus tard, l'accès au site est enfin possible et le triste spectacle s'o'ffre alors aux yeux des Chaumontais. Sur 30 mètres, le viaduc est éventré. Les déblais encombrent la route. Suspendues dans le vide, les lignes de chemins de fer s'obstinent à relier les deuxx parties intactes. Quelques jours après la Libération, le déblaiement commence. Le 5 janvier 1945, l'ouvrage, provisoirement remis en état, est ouvert au trafic.
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L'Abbé Gradeler devant la Préfecture |

L'Abbé Gradeler, curé de Luzy, est chargé le 13 septembre au matin d'aller négocier la reddition des troupes allemandes stationnées à Chaumont
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La 2ème DB entre en ville |

Le 13 septembre après-midi, le colonel Dio de la 2ème DB, prévenu de la situation, décide d'envoyer un détachement prendre possession de la ville

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Place de l'Hôtel de Ville |


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Le Génie américain au travail |

En quittant Chaumont par la route de Bourbonne-les Bains, les artificiers allemands n'ont pas manqué de détruire derrière eux les deux ponts de La Maladière qui enjambent successivement la Marne et le Canal. Dès le 17 septembre, le Génie américain est à l'oeuvre et entreprend la reconstruction des ouvrages détruits. Le matériel moderne qui est utilisé impressionnne fortement les habitants. Ainsi peut-on lire ces quelques lignes dans "la Haute-Marne Libérée" du 19 septembre : "Leur travail suscite une vive curiosité et nombre de nos concitoyens ont tenu à venir admirer leur dextérité... il est indispensable de souligner combien nous avons été frappés par la manière dont la confection des ponts provisoires est réalisée... les américains disposent d'un matériel insoupçonné. Nous fûmes particulièrement frappés par le travail fourni par les pelleteuses et les scies, le tout fonctionnant à l'air comprimé !".
Photographies :
Robert Cherpitel et Club Mémoires 52.
Encore merci.
A lire :
Les derniers jours de l'occupation allemande à Chaumont,
in Les Cahiers haut-marnais, 2ème et 3 ème trimestre 1996.
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