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En 1940, à larrivée des Allemands, jétais employé civil à la Base Aérienne 104 de Pruniers (Loir-et-Cher) . Alors que la base était occupée par les troupes allemandes et que nous étions tous invités à reprendre nos activités, jai alors refusé de reprendre mon poste.
Fin 1941, javais à peine 18 ans, jai décidé, en accord avec mes parents, de passer la ligne de démarcation pour aller mengager dans larmée, en zone libre. Mon père, alors responsable dans les Ponts et Chaussées, me fit passer le Cher, la nuit, sur le bateau des dragueurs de sable qui travaillaient pour son service.
Je signai un contrat pour cinq ans ou la durée de la guerre à la Base Aérienne de Châteauroux, puis je me suis retrouvé finalement, à Toulouse, à lEtat-Major de lAir. En 1943, les bruits couraient que les troupes doccupation allaient sans doute occuper la France entière, ceci avec le consentement du gouvernement de Vichy. Début 1944, cette occupation fut effective et, si larmée française était démobilisée, larmée de lair fut maintenue sous le statut de SAP (Sécurité Aérienne Publique), destinée à protéger les abords des bases aériennes ainsi que les trains allemands (DCA).
A ce moment, le 1er Avril 1944, en compagnie dun collègue, nous désertions larmée de Vichy, en rejoignant Paris, à laide de faux documents que nous nous étions procurés, bien tamponnés de la francisque et de la croix gammée.
Arrivés à Paris et, du fait que nous étions recherchés par la LVF (*Légion des Volontaires Français), la Gestapo et même par la gendarmerie française, nous nous sommes séparés, mon collègue et moi, pour éviter le pire.
Ayant quelques relations dans la capitale, jai ensuite appris quun réseau de Résistance avait eu quelques problèmes dans la région de lEst et que les survivants essayaient de se réorganiser. Je pris donc le train pour Chaumont sur Marne toujours à laide des faux documents de Toulouse.
Chaumont 1944
A Chaumont je retrouvai mes frères Pierre et Robert qui travaillaient comme ouvriers photographes chez Gaston Laurent, bien connu dans la ville de Chaumont. Je restai caché dans la chambre dun de mes frères, près de lHôtel de Ville et, jobtenai mes renseignements de ladjoint du Commissaire de Police de Chaumont, un nommé Lucien Dupin (Brigadier-Chef).
Cest ainsi que jai été dirigé vers Juzennecourt où je devais retrouver Charles Hourriez, dit Lieutenant Laurent, (Commando 1416). Je devenais, au même instant le Résistant "Max".
ci-contre
Le lendemain de la libération, au studio Laurent.
Nous avons vécu dans la forêt dense, pas très loin de Colombey-les-deux-Eglises, une forêt très humide, où nous sommes restés quelques semaines, à coucher dans une cahute faite de bottes davoine, chapardées la nuit dans les champs de Juzennecourt. Malgré lhumidité importante, nous tenions le coup comme nous pouvions, dautant plus que notre nourriture, très succinte se bornait, la plupart du temps, à des patates que nous volions la nuit. Ces pommes de terre étaient dégustées à moitié cuites car nous ne pouvions pas trop faire de feu, du fait de la proximité de la route nationale Chaumont/Troyes.
Notre activité sest bornée, entre autres, à déboucher les chambres à mines que les Allemands avaient dû faire boucher à leur arrivée. Ce travail seffectuait la nuit, à laide dun burin et dun marteau et souvent dans leau jusquà mi-cuisse. Quand Hourriez frappait sur le burin, quelques coups à la fois seulement, le bruit sous les voûtes nous semblait infernal
tandis que je léclairais parcimonieusement à laide dun briquet qui ne marchait pas toujours, je devais surveiller les abords, quand les convois allemands surgissaient et
passaient au-dessus de nos têtes
*excavations prévues réglementairement sur les ouvrages d'art par le Ministère de la Défense et destinées à recevoir des explosifs.
Le convoi
Ceci me rappelle quune nuit, où nous étions sous un pont, occupés a desceller la chambre à mines, nous entendîmes le bruit dun convoi allemand qui allait vers Chaumont. Ce convoi devait être formé denviron 50 à 60 véhicules. Les premiers camions passèrent au-dessus de nous et soudain, le convoi sarrêta, des ordres "aboyés" dans la langue germanique, invitaient sans doute les troupes à une pause. Sans pouvoir le vérifier, nous avons eu limpression que quelques représentants de la Wehrmacht étaient appuyés contre la rambarde du pont, à 2 mètres à peine au-dessus de nos têtes.
ci-contre, Charles Hourriez.
Nous étions Hourriez et moi, figés contre la paroi, respirant à peine et, les quelques minutes que nous passâmes nous parurent des heures. Des ordres gutturaux lancés par les chefs furent lancés en même temps que les moteurs se mirent à ronfler
permettant ainsi à notre sang de circuler à nouveau dans nos veines
le pire, est quHourriez, craignant lhumidité pour sa musette contenant pistolet, pains de plastic et cordon bikford, lavait laissée au pied dun des arbres bordant la nationale
je crois que, la semi-obscurité causée par les "yeux de chats" équipant les véhicules allemands, nous a sauvé la vie car, il est évident, quen cas de coup dur, nous navions aucune possibilité de nous sortir de là
De nombreuses incursions de la Wehrmacht dans la forêt, près de notre secteur, nous indiquèrent que les allemands étaient probablement renseignés à notre sujet.. Nous en fîmes le rapprochement, nous souvenant quun jour, sur un petit chemin forestier, une dame, à bicyclette, fut surprise en nous voyant et senfuit, la peur au ventre. Il est sûr quavec nos visages non rasés, nos vêtements pourris et nos mines patibulaires, cette dame, troublée et non rassurée, avait dû raconter son aventure dans le village

La Libération
Nous navions pratiquement aucune relation avec les gens de Juzennecourt sauf avec un Espagnol qui nous renseignait de temps en temps sur lévolution de la situation. Cest ainsi que nous avons été avertis du Débarquement et de larrivée des troupes alliées.
Nous avons intercepté les groupes de FFI épars pour ensuite joindre le Bataillon Jérôme, libérer les régions de Juzennecourt, Jonchery et ensuite, marcher sur Chaumont, que nous avons libérée en perdant quelques-uns des nôtres. A ce moment, Hourriez a dû me quitter, son état de santé ne lui permettant pas de continuer la lutte.
Quelques jours plus tard, je rejoignais la 1ère Division Française Libre de De Lattre pour continuer vers les Vosges, lAlsace, la poche de Royan et la poche de lAuthion, sur les Hauts de Nice. Cest à Nice que nous avons fêté lArmistice le 8 Juin 1945, alors que 48 heures seulement auparavant, une trentaine des nôtres étaient brûlés par les lance-flammes allemands.
Après quelques semaines dentraînement à Melun, avec la 2ème DB de Leclerc, je suis parti pour lIndochine, doù je suis revenu fin 1949 .
Ceci ma valu quelques médailles et citations, davoir la reconnaissance de la Nation, mais aussi le sentiment quaprès toutes ces péripéties, de men être tiré sans dommages.
Vive la France.
Henri Darré
A lire également :
mai 1944, Chaumont sous les bombes
les persécutions de janvier 1944
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Ici, je suis déserteur de lArmée de lAir de Vichy.
Je suis planqué dans un refuge discret, dans lattente de rejoindre les FFI de Haute-Marne.
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La libération de Chaumont |

La libération de Chaumont nest pas encore terminée. Nous sommes encore larme prête, grenades à la ceinture.
(Stade Voltaire, Henri Darré est à gauche)

Attestation remise après la guerre
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Les combats se poursuivent |

Libération des Vosges
avec la 1ère Division Française Libre
(Henri Darré au centre en clair)

La section de dépannage CR3 du 1er Régiment d'Artillerie Coloniale
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A la poursuite de l'ennemi |

Libération de lAlsace
avec la 1ère Division Motorisée dInfanterie
(Henri Darré à gauche devant le char)

Henri Darré et Joseph Nicocia, de l'armée d'Afrique, venu s'installer par la suite à Chaumont.

Nice le 8 mai 1945, la poche d'Authion est réduite.
Je suis en compagnie de Jean Brisot,
cheminot à Chaumont et
compagnon d'armes au sein de la 1ère DFL.
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